En Matthieu chapitre 11 , Jésus après avoir enseigné ses disciples, les a envoyés en mission, et de son côté il enseigne et prêche. Dans ce chapitre, Jean-Baptiste occupe une place centrale (cf. Jean 1:6-8, 19-36). Il est le dernier des prophètes de l’Ancienne Alliance (cf. Matthieu 11:9), et fait le lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament puisqu’il annonce les temps nouveaux.
Matthieu chapitre 11 – Étude biblique
Concernant la question de savoir si Jésus est le Messie, les prophéties d’Ésaïe énoncent les signes qui permettent de reconnaître le Messie. Parmi eux, se trouvent la guérison des malades, la bonne nouvelle annoncée aux pauvres, les aveugles qui retrouvent la vue (cf. Ésaïe 35:5-6 ; 61:1-2).
Ésaïe 35:5-6
5 Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, S’ouvriront les oreilles des sourds ;
6 Alors le boiteux sautera comme un cerf, Et la langue du muet éclatera de joie. Car des eaux jailliront dans le désert, Et des ruisseaux dans la solitude ;
Ésaïe 61:1-2
1 L’esprit du Seigneur, l’Éternel, est sur moi, Car l’Éternel m’a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux ; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la liberté, Et aux prisonniers la délivrance ;
2 Pour publier une année de grâce de l’Éternel, Et un jour de vengeance de notre Dieu ; Pour consoler tous les affligés ;
Jésus a prononcé ces paroles d’Esaïe dans la synagogue de Nazareth en se les appropriant. Jean-Baptiste, précurseur désigné (cf. Ésaïe 40:3 ; Malachie 3:1) était celui qui annonçait la venue imminente du Messie.
Ésaïe 40:3
3 Une voix crie: Préparez au désert le chemin de l’Éternel, Aplanissez dans les lieux arides Une route pour notre Dieu.
Jésus accomplit les signes montrant sa messianité de manière évidente, comme en témoignent les miracles rapportés dans Matthieu 8 et 9 : guérison de lépreux, résurrection, délivrance de démoniaques, paralysés marchant, aveugles voyant…, autant de preuves concrètes que le Royaume de Dieu était à l’œuvre.
Matthieu 11:1
1 Lorsque Jésus eut achevé de donner ses instructions à ses douze disciples, il partit de là, pour enseigner et prêcher dans les villes du pays.
‘’Lorsque Jésus eut achevé de donner ses instructions” Cette formule apparaît à la conclusion de chacune des cinq grandes parties du livre de Matthieu (cf. Matthieu 7:28 ; 11:1 ; 13:53 ; 19:1 ; 26:1), et semble faire écho à la structure en cinq livres du Pentateuque, soulignant le rôle de Jésus comme le nouveau Moïse, le nouveau législateur.
Les mots “Pour enseigner et prêcher dans les villes du pays” soulignent la mission centrale de Jésus : annoncer l’Évangile. Il ne s’agit pas pour Lui en premier lieu de guérir (cf. Matthieu 4:23 ; 9:35), et ce même si les guérisons ont occupé une place importante dans son ministère sur terre. Celles-ci avaient une fonction précise et étaient subordonnées à la proclamation de l’Évangile :
- Manifester l’amour de Dieu envers les hommes.
- Révéler la puissance et l’autorité de Jésus, authentifiant sa personne et son message.
- Accomplir les prophéties de l’Ancien Testament relatives au Messie (cf. Matthieu 11:5 ; Ésaïe 35:5-6).
Aujourd’hui encore, il est fréquent que la guérison soit davantage mise en avant que l’enseignement. Pourtant, dans la perspective biblique, la guérison est un signe qui atteste la vérité du message, et ne doit jamais éclipser la prédication de l’Évangile qui demeure au cœur du ministère du Christ.
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1 – Jésus fait l’éloge de Jean-Baptiste
Matthieu 11:2-6
2 Jean, ayant entendu parler dans sa prison des œuvres du Christ, lui fit dire par ses disciples:
3 Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre?
4 Jésus leur répondit: Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez:
5 les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres.
6 Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute.
Le mot « Christ » est l’équivalent grec du mot hébreu « Mashiah » (ou « Messie »), qui signifie « l’oint de l’Éternel ». Dans l’Ancien Testament, les prophètes, les sacrificateurs et les rois étaient oints. Jésus quant à lui, va accomplir ces trois fonctions de oint.
Hébreux 1:1-3
1 Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes,
2 Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par lequel il a aussi créé le monde,
3 et qui, étant le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne, et soutenant toutes choses par sa parole puissante, a fait la purification des péchés et s’est assis à la droite de la majesté divine dans les lieux très hauts,
Il est intéressant de noter que même le roi Cyrus, souverain de l’Empire perse, non-juif et non-croyant, fut appelé « l’oint de Dieu » (cf. Ésaïe 44:28 ; 45:1). Cela montre que dans certains contextes, l’onction divine désigne un choix souverain de Dieu pour accomplir ses desseins, indépendamment de l’appartenance ethnique ou religieuse de la personne concernée.
Ésaïe 44:28-45:1
28 Je dis de Cyrus : Il est mon berger, Et il accomplira toute ma volonté ; Il dira de Jérusalem: Qu’elle soit rebâtie ! Et du temple : Qu’il soit fondé !
45:1 Ainsi parle l’Éternel à son oint, à Cyrus,
Cyrus s’est soumis à la volonté de Dieu et l’a accomplie (Cyrus est cité vingt fois dans l’Ancien Testament)
Comment expliquer le verset de Matthieu 11:3 ?
3 Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?
Pour comprendre cette expression, il faut se reporter au:
Psaumes 118:26
26 Béni soit celui qui vient au nom de l’Éternel! Nous vous bénissons de la maison de l’Éternel.
Dans ce verset, il s’agit du Messie qui vient au nom du Seigneur ( Matthieu 21:9, il y a cinq autres références bibliques sur le sujet)
Jean-Baptiste avait clairement reconnu Jésus comme l’Envoyé de Dieu, celui dont il préparait le chemin (cf. Matthieu 3:11-14 ; Jean 1:29-34). Pourtant, en Matthieu 11:3, il envoie ses disciples lui demander :
« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
Cette question peut surprendre, car elle semble exprimer un doute.
Il est possible que Jean ait été troublé parce que Jésus ne correspondait pas aux attentes traditionnelles du Messie. Le peuple, tout comme Jean, attendait un libérateur politique, un Messie de jugement et de puissance, capable de renverser l’oppresseur romain. Or, Jésus annonçait un message de salut, de guérison et de miséricorde, même envers les exclus. Il était venu nous libérer du péché.
Romains 6:14
14 Car le péché n’aura point de pouvoir sur vous, puisque vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce.
D’après Jean Calvin, il se peut aussi que, dans sa fidélité à sa mission, Jean ait voulu diriger ses disciples vers Jésus. Comme André et Jean (futurs apôtres), qui avaient quitté Jean-Baptiste pour suivre Jésus (cf. Jean 1:35-37), Jean aurait pu chercher à encourager les disciples qui le suivaient, en les envoyant personnellement à la rencontre de Jésus et à avoir la révélation de sa personne.
Rappelons-nous les paroles de Jean Baptiste:
Jean 3:30
30 Il faut qu’il croisse, et que je diminue.
La réponse de Jésus
Jésus répond en citant le prophète Ésaïe (cf. Ésaïe 35:5-6 ; 61:1), mettant l’accent sur ce que les disciples de Jean, voient et entendent eux-mêmes :
« Les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. »
Il ne s’agit pas de rumeurs ou de ouï-dire, mais ce sont des faits qu’ils ont vu eux-mêmes. Ce sont des faits concrets, montrant que les prophéties messianiques s’accomplissent. Jésus se présente comme le Messie annoncé, mais dans une forme inattendue, humble et miséricordieuse.
Matthieu 11:6 – Une douce réprimande
« Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! »
Ces paroles nous interpellent encore aujourd’hui. En effet, quand les circonstances nous déroutent, quand Dieu n’agit pas comme nous l’espérions, serons-nous pris de doutes ? Ou resterons-nous attachés à la vérité de ce que nous avons vu et entendu de Jésus à travers sa Parole ?
La question est toujours actuelle :
Ce passage nous ramène à la question essentielle :
Qui est Jésus ? Plus encore : Qui est Jésus pour moi ?
La réponse ne vient pas d’une théorie, mais d’une rencontre personnelle, avec celui dont les œuvres parlent d’elles-mêmes.
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2 – Jésus interroge : « Qu’êtes-vous donc allés voir? »
Matthieu 11:7-15
7 Comme ils s’en allaient, Jésus se mit à dire à la foule, au sujet de Jean: Qu’êtes-vous allés voir au désert? un roseau agité par le vent?
8 Mais, qu’êtes-vous allés voir? un homme vêtu d’habits précieux? Voici, ceux qui portent des habits précieux sont dans les maisons des rois.
9 Qu’êtes-vous donc allés voir? un prophète? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète.
10 Car c’est celui dont il est écrit: Voici, j’envoie mon messager devant ta face, Pour préparer ton chemin devant toi.
11 Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean Baptiste. Cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui.
12 Depuis le temps de Jean Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent.
13 Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean;
14 et, si vous voulez le comprendre, c’est lui qui est l’Élie qui devait venir.
15 Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.
Jésus interpelle la foule par une question répétée trois fois : « Qu’êtes-vous allés voir ? »
Par cette question insistante, il pousse la foule à réfléchir sérieusement au rôle de Jean-Baptiste, rôle annoncé par les prophètes. En reconnaissant qui est Jean, la foule est aussi conduite à se poser la question fondamentale : qui est Jésus ?
Jean est le dernier prophète de l’Ancien Testament. Avec lui, se clôt l’ère prophétique de l’ancienne alliance, et sa mort marque la transition vers le temps du Nouveau Testament. Il est véritablement la charnière entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.
Jésus affirme que Jean est l’accomplissement de la prophétie de Malachie 3:1. Cela s’inscrit dans la volonté de Matthieu de convaincre ses lecteurs juifs que Jésus est bien le Messie attendu, annoncé tout au long de l’Ancien Testament. Sous différentes formes, il fait référence à des prophéties de l’Ancien Testament, et notamment en commençant par écrire en Matthieu 1:22 :« tout cela arriva afin que s’accomplit ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète… »
Verset 11 : une parole solennelle
Au verset 11, Jésus introduit son affirmation avec « Amen », qui est traduit souvent par « en vérité ».
אֱמוּנָה est la même racine que le mot emounah de Habakuk 2:4 traduit par foi.
Cette expression, utilisée fréquemment par Jésus, sert à souligner une déclaration importante. Elle signifie littéralement :
« C’est vrai, je vous le dis » — autrement dit : « Écoutez bien et prêtez attention ».
Nous pouvons aussi dire « amen » à une parole quand nous sommes d’accord avec celle-ci.
Jésus affirme ainsi que parmi les hommes, aucun n’est plus grand que Jean, mais que le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. Cela souligne la grandeur de l’œuvre inaugurée par Jésus, qui dépasse même celle des prophètes précédents.
Avec Jean se termine l’Ancienne Alliance. Avec Jésus, il s’agit de la Nouvelle Alliance annoncée par Jérémie et Ézéchiel.
Jérémie 31:31-34 = annonce de la nouvelle alliance sans qu’il soit donné de détails
Ézéchiel 36:22-38 = les détails de la nouvelle alliance : une purification, un cœur et un esprit nouveaux
Verset 12 : les violents et le Royaume
12 Depuis le temps de Jean Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent.
Ce verset 12 fait l’objet de nombreuses discussions :
« Le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent. »
Deux façons de comprendre ce verset :
- Des hommes violents (religieux) tentent de détourner les personnes du Royaume en les empêchant d’y entrer.
- C’est celui seul qui est prêt à se libérer de tout pour y entrer, qui a une foi déterminée ! C’est le prix de la consécration du chapitre 10.
Dans la perspective spirituelle, la « violence » ici ne désigne pas l’agressivité charnelle, mais la détermination spirituelle. Elle parle d’une foi active, d’un engagement profond et total, d’un cœur résolu à saisir les promesses de Dieu.
Ce n’est pas par une foi tiède ou passive que l’on entre dans le Royaume, mais par une volonté ferme de suivre le Christ coûte que coûte. Il faut chercher à être à l’image de Christ, ce qui demande de la détermination.
Versets 13-14 : les Écritures et Jean comme Élie
Au verset 13, Jésus dit :
« Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean. »
Il fait ici référence aux deux premières grandes sections du canon hébraïque :
- La Loi (la Torah : les cinq livres de Moïse),
- Les Prophètes (de Josué à Malachie).
La troisième partie du canon juif, appelée les Écrits (ou Hagiographes), comprend des livres comme Job, Psaumes, Esther, etc … Jésus souligne ici que l’ensemble de la révélation prophétique converge vers Jean, qui marque la fin d’une époque.
Matthieu 11:14
14 et, si vous voulez le comprendre, c’est lui qui est l’Élie qui devait venir.
Cela renvoie à Malachie 4:5, où Dieu annonce l’envoi d’Élie avant le jour du jugement.
Malachie 4:5
5 Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, Avant que le jour de l’Éternel arrive, Ce jour grand et redoutable.
Jean-Baptiste n’est pas la réincarnation d’Élie, mais il vient dans l’esprit et la puissance d’Élie (cf. Luc 1:17), accomplissant ainsi cette prophétie.
Matthieu 11:15 – est une invitation personnelle
15 Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.
Cette parole de Jésus est un appel à l’écoute spirituelle. Pour comprendre les vérités du Royaume, il faut ouvrir ses oreilles spirituelles à la voix du Saint-Esprit. Cela demande un engagement personnel, une attitude d’humilité pour se soumettre à la volonté de Dieu pour entendre et répondre à son appel.
La véritable différence entre un chrétien et un non-chrétien ne réside pas simplement dans une appartenance religieuse, mais dans cette ouverture du cœur. Le chrétien choisit d’obéir à la voix du Saint-Esprit, de se rendre disponible à sa direction, et de conformer sa vie à la Parole révélée.
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3 – Les enfants assis dans les places publiques
Matthieu 11:16-19
16 A qui comparerai-je cette génération? Elle ressemble à des enfants assis dans des places publiques, et qui, s’adressant à d’autres enfants,
17 disent: Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé; nous avons chanté des complaintes, et vous ne vous êtes pas lamentés.
18 Car Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et ils disent: Il a un démon.
19 Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et ils disent: C’est un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie. Mais la sagesse a été justifiée par ses œuvres.
Une parabole brève, mais riche de sens
Notre paresse intellectuelle nous pousse parfois à négliger les paraboles qui tiennent en un seul verset, surtout lorsque Jésus n’en donne pas l’explication explicite. Pourtant, elles méritent toute notre attention, car elles recèlent un sens caché que nous sommes appelés à découvrir (cf. Deutéronome 29:29).
Dans cette parabole concise mais percutante, Jésus compare la génération de son temps à des enfants assis sur les places publiques, qui refusent de réagir, quel que soit le message qu’on leur adresse.
Les enfants qui jouent de la flûte symbolisent l’appel joyeux et festif du message de Jésus, mais leurs compagnons restent impassibles : ils ne dansent pas.
Les complaintes, en revanche, illustrent l’appel grave et solennel de Jean-Baptiste à la repentance ; et là encore, l’indifférence domine : personne ne se lamente, personne ne se repent.
Un rejet systématique du message divin
Les versets 18 et 19 viennent éclairer cette image. Jésus met en évidence un refus systématique de la part de cette génération, quel que soit le canal par lequel Dieu parle :
- Jean est jugé trop austère ;
- Jésus, trop proche des pécheurs.
Toujours prêts à critiquer, ces auditeurs refusent d’entendre. Leur rejet ne vient pas d’un manque de révélation, mais d’un cœur volontairement fermé, endurci par l’orgueil, la critique et l’indifférence.
Le vrai problème : la disposition du cœur
Cette parabole révèle une vérité spirituelle profonde :
Le problème n’est pas dans le message, mais dans la disposition du cœur.
Lorsque le cœur est fermé, aucun appel — qu’il soit joyeux comme celui de Jésus, ou grave comme celui de Jean — ne porte de fruit.
Jésus dénonce ici le sectarisme religieux de ceux qui rejettent aussi bien Jean que lui, mais pour des raisons opposées :
- Jean, l’ascète qui « ne mange ni ne boit », est accusé d’avoir un démon ;
- Jésus, « mangeant et buvant » avec les pécheurs, est traité de glouton et d’ivrogne.
Dans les deux cas, ils refusent de reconnaître que l’autorité de Jean comme celle de Jésus vient de Dieu. Ils vont même jusqu’à attribuer leur œuvre à des puissances démoniaques — ce qui, selon Jésus, constitue un blasphème impardonnable (cf. Matthieu 12:31-32).
La sagesse justifiée par ses œuvres
Jésus conclut :
« Mais la sagesse a été justifiée par ses œuvres. »
Cette expression fait écho à Proverbes 8, où la sagesse est personnifiée.
Proverbes 8:1
1 La sagesse ne crie-t-elle pas? L’intelligence n’élève-t-elle pas sa voix?
Dans l’Évangile, Jésus incarne cette sagesse divine. En Matthieu 12, il affirme être plus grand que Salomon, dont la sagesse était pourtant légendaire.
Le mot « œuvres »du verset 19 renvoie à Matthieu 11:2, où il est question des « œuvres du Christ ».
Autrement dit, la sagesse de Jésus, manifestée dans ses enseignements (notamment dans le Sermon sur la montagne, Matthieu 5–7), est confirmée par ses miracles, ses guérisons et par la transformation profonde des vies.
C’est cette même logique qu’on retrouve dans la réponse de Jésus aux disciples de Jean :
« Ce que vous voyez et entendez » (les œuvres) atteste la véracité de son message.
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4 – Jésus dénonce les indifférents.
Matthieu 11:20-24
20 Alors il se mit à faire des reproches aux villes dans lesquelles avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne s’étaient pas repenties.
21 Malheur à toi, Chorazin! malheur à toi, Bethsaïda! car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties, en prenant le sac et la cendre.
22 C’est pourquoi je vous le dis: au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous.
23 Et toi, Capernaüm, seras-tu élevée jusqu’au ciel? Non. Tu seras abaissée jusqu’au séjour des morts; car, si les miracles qui ont été faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait encore aujourd’hui.
24 C’est pourquoi je vous le dis: au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins rigoureusement que toi.
Ce passage est lourd de gravité, car il enseigne que ceux qui l’auront beaucoup entendu mais qui l’auront rejeté, seront jugés plus sévèrement que ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’entendre l’Évangile.
Jésus nous pousse à une profonde repentance, à une réponse personnelle et sérieuse à l’appel de Dieu.
Rappelons que la repentance, selon les Écritures, est bien plus qu’un simple remord. Elle implique un changement de mentalité qui conduit à un changement de comportement.
Comme le dit Paul dans 2 Corinthiens 7:8-11, la vraie repentance produit des fruits visibles : elle mène à un renouveau de vie, pas seulement à des émotions passagères.
2 Corinthiens 7:8-11
9 je me réjouis à cette heure, non pas de ce que vous avez été attristés, mais de ce que votre tristesse vous a portés à la repentance; car vous avez été attristés selon Dieu, afin de ne recevoir de notre part aucun dommage.
10 En effet, la tristesse selon Dieu produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais, tandis que la tristesse du monde produit la mort.
11 Et voici, cette même tristesse selon Dieu, quel empressement n’a-t-elle pas produit en vous! Quelle justification, quelle indignation, quelle crainte, quel désir ardent, quel zèle, quelle punition! Vous avez montré à tous égards que vous étiez purs dans cette affaire.
Le témoignage contre Chorazin, Bethsaïda et Capernaüm
Jésus adresse un reproche sévère à trois villes : Chorazin, Bethsaïda et Capernaüm, où il avait accompli de nombreux miracles. Ces villes avaient reçu une grande lumière, mais elles n’ont pas répondu par la foi et la repentance.
- Chorazin n’est mentionnée que deux fois dans tout le Nouveau Testament : ici, et dans Luc 10:13. Cela suggère que Jésus y a exercé une partie de son ministère, même si les Évangiles n’en donnent pas de détails.
- Ce silence partiel montre que les Évangiles synoptiques ne sont pas des biographies complètes de Jésus, mais des témoignages, centrés sur la proclamation de la Bonne Nouvelle et l’enseignement du Royaume.
Le symbole du sac et de la cendre
Lorsque Jésus dit que Tyr et Sidon, voire Sodome, se seraient repenties « en prenant le sac et la cendre », il utilise une expression profondément enracinée dans la culture biblique.
Ce geste symbolise une attitude d’humiliation, de deuil, et de retour sincère vers Dieu.
Ce passage souligne que le problème des villes condamnées n’est pas un manque de preuves de la vérité de l’Évangile, mais un refus de se repentir, malgré les œuvres puissantes dont elles ont été témoins.
1. Origine et contexte biblique
L’expression de prendre le sac et la cendre, est tirée de pratiques culturelles anciennes, notamment en Israël et au Proche-Orient ancien, où les gens, en période de détresse ou de repentance, revêtaient un sac (vêtement grossier en poil de chèvre) et s’asseyaient dans la cendre ou s’en couvraient.
Quelques exemples clés dans l’Écriture :
Jonas 3:6 :
La chose parvint au roi de Ninive ; il se leva de son trône, ôta son manteau, se couvrit d’un sac, et s’assit sur la cendre.
Job 42:6 :
C’est pourquoi je me condamne et je me repens sur la poussière et sur la cendre.
C’est là l’illustration d’une repentance personnelle, profonde, celle de Job.
Daniel 9:3 :
Je tournai ma face vers le Seigneur Dieu, afin de recourir à la prière et aux supplications, en jeûnant, en prenant le sac et la cendre.
2. autre signification
- Le sac et la cendre sont des symboles extérieurs d’un cœur brisé et contrit, que Dieu ne méprise pas (cf. Psaume 51:19).
- Ces gestes n’ont pas de pouvoir en eux-mêmes. Ce qui compte, c’est la disposition intérieure du cœur (cf. Joël 2:13 : « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements »).
- Ils représentent une attitude de dépendance totale envers Dieu, marquée par la reconnaissance du péché et le désir de restauration.
- Ceci appelle chaque croyant à une repentance authentique, visible par une vie transformée.
- Dans les temps de crise, personnels ou collectifs, elle incite à chercher Dieu avec humilité et ferveur.
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5 – La relation personnelle du disciple avec son Seigneur.
Matthieu 11:25-27 – La révélation souveraine du Père par le Fils
25 En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit: Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants.
26 Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi.
27 Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père; personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.
28 Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.
29 Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes.
30 Car mon joug est doux, et mon fardeau léger.
« Seigneur du ciel et de la terre » du verset 25
Cette expression souligne que Dieu est le Créateur souverain de toutes choses, aussi bien dans le ciel que sur la terre. Elle fait référence à la création physique et cosmique.
Jésus en tant que Fils, participe pleinement à cette œuvre créatrice, comme le confirment plusieurs textes du Nouveau Testament :
- Jean 1:3,10 : « Tout a été fait par lui, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui. »
1 Corinthiens 8:6
6 néanmoins pour nous il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes.
- Colossiens 1:16 ; Hébreux 1:2 ; 2:10 : témoignent également de la médiation de Christ dans la création.
Les « enfants » au verset 25
Les « enfants » désignent ici les nouveaux croyants, humbles de cœur. Ce sont ceux qui reçoivent la révélation divine avec simplicité et foi.
Ils sont opposés aux sages et intelligents – c’est-à-dire aux religieux orgueilleux ou aux érudits qui se ferment à la révélation parce qu’ils s’appuient sur leur propre savoir.
Cela rejoint Ésaïe 50:5
5 Le Seigneur, l’Éternel, m’a ouvert l’oreille, Et je n’ai point résisté, Je ne me suis point retiré en arrière.
Il faut une oreille spirituelle ouverte pour accueillir le message du Royaume.
Matthieu 11:27
27 Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.
« Toutes choses m’ont été données par mon Père » verset 27
Cette déclaration est extraordinairement forte. Jésus affirme ici qu’il a reçu toute autorité du Père, autorité sur la révélation, sur le salut, et sur toutes choses.
Jésus n’est donc pas simplement un grand enseignant ou un génie religieux, mais le Fils de Dieu incarné.
C.S. Lewis (auteur de Narnia) dans son livre « Mere christianity » soulève le trilemme suivant:
Il est soit le Fils de Dieu, soit un fou, soit un imposteur et menteur et il n’y a pas d’alternative intermédiaire. Il n’est pas possible qu’il soit fou compte tenu de la sagesse qu’il a utilisé dans ses paroles et ce qu’il a fait. Par ailleurs, un imposteur n’aurait jamais été jusqu’au bout des souffrances qui lui ont été infligées, jusqu’à souffrir le supplice de la croix. Ainsi, si Jésus n’est pas un imposteur, s’il n’est pas fou, la seule possibilité qu’il reste est qu’il est Dieu.
Cela rejoint l’enseignement de 1 Corinthiens 15:12-19, où Paul affirme que si Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine, et le christianisme est une illusion.
Il faut donc se positionner : ou bien le Nouveau Testament dit vrai, ou bien le christianisme est un mensonge.
Cette même affirmation d’autorité revient dans Matthieu 28:18 :
« Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. »
« Celui à qui le Fils veut le révéler » verset 27
Il ne s’agit pas ici d’une sélection arbitraire de Jésus, mais d’une réponse volontaire de la personne à la révélation du Christ.
Celui qui reconnaît Jésus comme le Fils de Dieu reçoit, par lui, la révélation du Père.
Jésus est le seul chemin par lequel on peut connaître Dieu :
- Il est le seul à révéler le Père :
- Jean 1:18 – « Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique… l’a fait connaître. »
- Jean 3:11 – « Nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu. »
- Il est le chemin qui mène au Père :
- Jean 14:6 – « Nul ne vient au Père que par moi. »
- Actes 4:12 – « Il n’y a sous le ciel aucun autre nom… par lequel nous devions être sauvés. »
- 1 Timothée 2:5 – « Il y a un seul médiateur entre Dieu et les hommes : Jésus-Christ. »
Matthieu 11:28-30 – Le repos en Christ
28 Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.
29 Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes.
30 Car mon joug est doux, et mon fardeau léger.
Venez à moi est un appel personnel à suivre Jésus en ayant une relation personnelle avec lui. Il ne s’agit pas d’une doctrine.
Ces versets sont uniques à l’Évangile de Matthieu et représentent un sommet d’appel spirituel à la fois intime et profond. Ils condensent deux doctrines fondamentales de la vie chrétienne.
Le verset 28 reflète la doctrine de la justification. (je vous donnerai du repos, c’est Jésus qui nous justifie et notre âme trouve le repos car elle a été pardonnée)
Le verset 29 affirme la doctrine de la sanctification progressive que nous retrouvons en 2 Corinthiens 3:18. (vous trouverez du repos, la finalité est le repos éternel)
Le verset 29 est à comparer en opposition avec:
Actes 15:10
10 Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ?
La Nouvelle Alliance avec Jésus a elle aussi des exigences tout comme l’Ancienne Alliance. Dieu veut toujours un peuple juste qui reflète le caractère de Christ :
1. la repentance
2. la foi
3. l’obéissance
4. la persévérance
Nous sommes appelés à être semblables à l’image de son Fils, Jésus.
Romains 8:29
29 Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères.
‘Recevez mes instructions’ : Jésus s’adresse à ses disciples et comme eux, nous sommes à l’écoute de ses instructions afin d’agir.
‘Je suis doux et humble de cœur’ : Jésus nous a montré l’exemple. L’humilité et la douceur devinrent les mots-clés du nouveau royaume de Dieu. C’est à cette attitude d’humilité et de douceur que le chrétien se fera reconnaître.
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6 – Leçon à retenir et son application personnelle
L’exemple de Jean baptiste montre que même les plus grands serviteurs peuvent douter. La foi n’exclut pas les moments de doute. Ce n’est pas le doute qui condamne, mais ce que nous en faisons.
La parabole des enfants montre qu’un cœur endurci rejette toute forme de vérité. La disposition du cœur change tout. Un cœur endurci tiendra même des propos contradictoires pour ne pas croire.
La connaissance de Dieu ne dépend pas de l’intellect, mais de l’humilité du cœur. La véritable sagesse est une grâce, un don de Dieu.
Jésus ne propose pas une religion pesante, mais une relation qui restaure. Son joug est « doux » et son fardeau « léger », car il est porté avec lui, dans l’amour et la grâce.
Matthieu 11 dévoile un double mouvement :
- D’une part, un rejet progressif de Jésus par ceux qui refusent d’ouvrir leur cœur.
- D’autre part, un dévoilement du Royaume à ceux qui, comme Jean, doutent mais qui cherchent, ou comme les petits, acceptent avec foi.
Applications actuelles
Examinons notre cœur : sommes-nous comme les enfants capricieux ou comme les petits auxquels Dieu se révèle ?
Ne laissons pas le doute nous éloigner de Jésus ; laissons-le nous conduire à chercher des réponses fondées.
Marchons dans l’humilité, car Dieu résiste aux orgueilleux mais il fait grâce aux humbles.
Acceptons le joug de Christ : non comme une charge, mais comme un chemin de repos.
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